Le vélo cause des troubles de l’érection : vrai ou faux?

Le vélo cause des troubles de l’érection

Un des loisirs préférés des français pourrait-il être une des causes méconnues de l’impuissance ? Est-il vrai que le vélo cause des troubles de l’érection ou est-ce de l’intox ? Et si c’était un peu des deux.

Vélo et troubles sexuels, un lien réel

C’est une des pratiques de loisir préférées des français, mais c’est aussi un moyen de transport quotidien pour de plus en plus de jeunes actifs urbains. Et comme c’est un sport de la catégorie aérobie à faibles impacts, c’est un bon moyen d’entretenir sa santé cardiovasculaire sans abîmer ses articulations. Malheureusement le tableau n’est pas tout rose pour la petite reine :

Il fallait bien s’en douter étant donné la morphologie même de la pratique, le vélo crée certaines contraintes sur les organes génitaux des hommes (mais aussi des femmes) qui peuvent avoir des conséquences plus ou moins néfastes selon la pratique et le matériel utilisé.

Plusieurs études l’ont démontré : il peut arriver que la pratique du vélo cause des troubles de l’érection, mais aussi des pertes de sensibilité, des problèmes de prostate, voire l’apparition d’un troisième testicule.

Vélo et érection : L’étude qui fait peur

En 2005, une méta analyse bien nommée “ Le cycle vicieux : les désordres uro-génitaux liés à la pratique du vélo ” a mis le doigt sur un certain nombre de troubles plus ou moins graves qui pouvaient être causés par la pratique du vélo. (1)

Après analyse de 62 articles scientifiques sur le sujet les chercheurs ont déterminé que :

  • 50 à 91 % des cyclistes avaient connu une compression du nerf pudendal
  • 13 à 24 % avaient eu des problèmes d’érection causée par la pratique du vélo

Les autres affections moins massivement répandues sont :

  • Priapisme
  • Thrombose du pénis
  • Infertilité
  • Torsion du cordon spermatique
  • Prostatite
  • Induration périnéale

La pratique du vélo pourrait même parfois engendrer une élévation anormale du taux de PSA.

Quand le nerf coince

On l’a vu, une des blessures les plus fréquentes occasionnée par la pratique du vélo touche le nerf pudendal.

Ce nerf, qu’on appelle aussi parfois le nerf honteux, passe dans le canal d’Alcok, situé entre les os du bassin, là où la selle appuie le plus. Ce nerf est accompagné d’une artère, et tous deux sont indispensables à l’érection.

Lorsque le canal d’Alcok est compressé de manière trop brutale et trop longue il peut y avoir lésion du nerf honteux, qui entraîne un engourdissement du pénis et une dysfonction érectile.

De manière générale, la compression trop forte au niveau du périnée peut réduire la circulation sanguine et altérer les parois des vaisseaux à l’origine de la production de l’oxyde nitrique lui aussi indispensable à l’érection.

Vélo et virilité, le bon timing

Combien de temps peut-on rester sur sa bicyclette sans risquer de troubles de l’érection ?
D’après des données issues d’une large étude (2) du début des années 2000 et portant sur le vieillissement masculin, il y aurait une durée à partir de laquelle le vélo peut faire du mal à la virilité.

Selon les chercheurs, on a pas de risque de dysfonction érectile si on pratique le vélo moins de 3 heures par semaines. Au contraire, la pratique à ce rythme pourrait même protéger de l’impuissance !

En revanche au-delà de 3 heures par semaine de vélo, le risque de dysfonction érectile est réel.

Bien sûr cette étude manque de finesse et l’impact sur la virilité dépendra surtout du cycliste et de son matériel.
En effet il existe des moyens de limiter les risques que le vélo cause des troubles de l’érection.

Les risques d’une pratique intensive

En plus des problèmes d’écrasement du nerf pudendal et de dysfonction érectile mentionnés plus haut, la pratique du vélo à un rythme quasi pro (au delà de 10 000 km par an), peut causer des lésions impressionnantes au niveau du périnée et des testicules.

Ainsi, le troisième testicule comme l’appellent les médecins est en fait un nodule solide qui se développe derrière les testicules et rend l’assise quasiment impossible.

Il peut aussi arriver que se forme un hygroma : suite à l’inflammation d’une bourse séreuse protégeant les articulations du bassin à l’arrière du périnée, une poche se forme et se remplie de liquide.

Si vous ne faites pas de vélo en pro rassurez-vous ce sont des affections qui ne touchent que les cyclistes soumis à un rude entraînement.

Une selle qui limite les dangers du vélo pour la sexualité

Des policiers à vélo américains ont aidé les médecins à découvrir le meilleur moyen d’alléger la pression exercée par le vélo sur la zone périnéale. (3)

Ce sont 90 policiers à vélo qui ont été recrutés dans différentes villes des états unis pour tester un système de selle raccourcie, sans “bec“. Ils ont subi des tests avant de changer de selle, puis pendant 6 mois à l’issue de ce changement.

D’après les résultats de l’étude, l’utilisation d’une selle sans bec réduit nettement la pression sur le périnée, à tel point que le nombre de participants qui disaient n’avoir pas ressenti d’engourdissement dans cette zone suite à la pratique du vélo a pu passer de 27 à 82 % après la mise en place des nouvelles selles.

La meilleure preuve de l’utilité de ce dispositif c’est que 97 % des policiers qui ont accepté de participer à l’étude ont continué à rouler avec une selle “sans bec”.

Tout le monde n’est pas séduit par ces étranges selles, qui ont du mal à se vendre, pourtant, le responsable de l’étude nous le rappelle : “Un design de selle différent peu nécessiter de ré-apprendre à faire du vélo, mais comparé aux bénéfices induits par le fait d’avoir un flux sanguin non restreint au niveau du pénis et moins d’engourdissements, le calcul est vite fait.”

On peut trouver des selles sans bec, à bec amovible, ou encore des selles ergonomiques à bec incluant un canal d’aération périnéale sur internet ou en boutique spécialisés dans le cyclisme.

Les bonnes pratiques pour protéger sa virilité

En plus des problèmes d’érection, des douleurs, des irritations de la peau et d’éventuelles infections des follicules pileux peuvent survenir. Sans oublier les problèmes de fertilité causés par la chaleur excessive qui s’accumule au niveau de la selle pendant des heures de pratique du vélo.

Mais Il existe d’autres moyens d’assurer la protection de ses bijoux de famille durant la pratique du vélo.
Selon une étude publiée en 2008 dans la revue Britannique d’urologie (4), voici les autres es solutions efficaces pour protéger la zone du périnée :

  • Faire régulièrement des pauses, par exemple en se dressant sur les pédales
  • Réduire la résistance des pédales en utilisant les vitesses (plus les pédales sont dures, plus la pression sur le périnée est forte)
  • Ajuster correctement la hauteur et l’orientation de la selle
  • Ne pas hésiter à utiliser à la fois un short et une selle rembourrés

Parfois le vélo cause une érection incontrôlable

Il n’y a pas que la perte d’érection qui puisse être causée par l’abus de vélo ou une mauvaise selle.

Imaginez qu’un jeune irlandais adepte du vélo freestyle s’est retrouvé avec une érection persistante pendant sept semaines après une mauvaise chute.

Là c’est semble t’il le périnée qui avait été touché, par un coup violent sur la barre transversale, ce qui aurait provoqué une irrigation inhabituelle du pénis. Il a fallu avoir recours à la chirurgie pour faire cesser cet afflux sanguin excessif.

Conclusion :

Cette dernière mésaventure confirme l’importance d’éviter les chocs au niveau du périnée. Pour le reste, même dans les cas de ballade tranquille, si on ne veut pas que notre pratique du vélo cause des troubles de l’érection, il faut bien choisir son matériel, et cesser toute pratique si la moindre gêne se fait sentir, en particulier un engourdissement soudain de la verge. Dans ce cas là il faut arrêter le vélo et consulter.

Références :

  1. The vicious cycling: bicycling related urogenital disorders. European urology, 2005.
  2. Does bicycling contribute to the risk of erectile dysfunction? Results from the Massachusetts Male Aging Study (MMAS). International Journal of Impotence Research, 2001.
  3. The A, B, C’s of The Journal of Sexual Medicine: Awareness, Bicycle Seats, and Choices. The Journal of Sexual Medicine, 2008.
  4. Health issues of cycling in men. BJU International, 2008

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